En attendant les résultats des élections, où sont passés les corbillards de Bukavu ?


Prévue pour le 6 décembre, reportée au 8, puis au 9 décembre pour des « raisons techniques », la proclamation des résultats de la présidentielle par la C.E.N.I. commence à inquiéter certains observateurs à Bukavu. Nombreux considèrent que ces reports donnent l’impression que le bureau de la C.E.N.I  « fait un travail d’amateur ». D’où l’interrogation sur l’acceptation des résultats qui sortiront de cette institution. Ces résultats devront être annoncés au courant de la journée, sauf encore changement. En attendant, la vie continue normalement à Bukavu et partout en RDC. 

Ce matin, une trentaine de personnes sont sur une rue de Bukavu. Elles sont toutes mélancoliques et accablées. Leur frère et ami, un agent de la fonction publique décédé la veille, est en train d’être conduit en sa dernière demeure. Venant du quartier Pageco, les membres de sa famille se dirigent au cimetière du Camp Saïo, marchant et chantant des cantiques religieux. Ils s’arrêtent au niveau de Vamaro où quelques travaux routiers frivoles sont en plein réaménagement. Ensuite ils repartent aussitôt qu’un tracteur fut dégagé sur leur route. La scène est triste pour moi qui observe le mouvement depuis un véhicule stationné non loin de là.

Curieux, je rappelle un des derniers jeunes hommes sur la file à pied, dominée par les femmes. Je l’interroge sur l’identité du défunt et sur les raisons de ce cortège à pied. Et sans ambages, il me dit: « Depuis hier la famille n’a eu aucune personne pour lui venir en aide pour le transport ! A la fin, les frères et sœurs de Ba Ngongo [Nom du défunt] ont décidé d’aller l’enterrer à pied… »

Des morts et des enterrements, il y en a presque tous les jours à Bukavu. Mais une famille qui s’en va au cimetière à pied avec tout le catafalque sur la tête, il y a de quoi s’interroger sur cette indigence. La tradition africaine exige que les hommes soient solidaires, surtout dans les situations les plus difficiles. Mais là, tout portait à croire que même solidaires, la situation boursière de la famille demeurait catastrophique.

Dans le passé, l’État congolais prenait en charge les frais funéraires de ses agents. Il disposait ainsi des corbillards et autres besoins y relatifs pour enterrer dignement ses agents. Mais aujourd’hui tout cela n’existe plus, chaque famille doit se débrouiller pour enterrer les siens.

L’absence de corbillards dans la ville, à l’exception d’un seul appartenant à une société privée (Kotecha) d’ailleurs souvent en panne, augmente la situation de misère dans les célébrations funéraires à Bukavu. La Mairie n’a-t-elle pas un rôle à jouer pour mener à bien cette situation ? Et en tant qu' humains, ne sommes-nous pas tenus à accompagner loyalement et dignement nos semblables dans leurs dernières demeures ? Où sont passés les corbillards de l’État ?

1 commentaire:

  1. on voit qu'à Bukavu, les citoyens pro Kabila ne sont pas aussi nombreux que je le croyais!!!!!!!
    bon! qui vivra verra!!!

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